Vingt-quatre heures et des siècles dans la vie d’un soldat

Depuis quelques années, le musée de l’Armée, désireux – à l’instar du Musée de la Chasse et de la Nature – de se débarrasser d’une image péjorative, vieillissante et peut-être moins attrayante que celle de musées aux sujets plus actuels et contestataires, nous propose de montrer ses collections sous des angles nouveaux, ludiques permettant au public de se questionner sur la notion de guerre, d’armée et surtout de ceux qui en sont l’élément constitutifs : les soldats.

Une galerie chronologique présente d’abord plus d’une vingtaine de mannequins vêtus des équipements et armements des soldats de la Rome antique à nos jours illustrant visuellement les évolutions et ruptures techniques qui ont caractérisé les différents siècles à travers les tenues des soldats. Il vous faut ensuite monter à l’étage pour découvrir un parcours plus riche, divisé en différentes thématiques qui rythment vingt-quatre heures de la vie d’un soldat.

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Scénographie de l’exposition © Paris – Musée de l’armée, Distr. RMN – Grand Palais

Le parcours de l’exposition propose de nous mettre dans la peau d’un soldat et de vivre une journée en tant que tel : du réveil à sa probable mort sur les champs de bataille. Car, oui, nous apprenons surtout qu’être soldat, c’est avant tout la préparation de son quotidien : entre communication, logistique, entraînement et aménagement de son environnement, le soldat se consacre davantage aux préparatifs du combat qu’à ce dernier.  Ainsi, le visiteur est littéralement plongé dans l’état d’esprit d’un soldat grâce à une scénographie efficace, réalisée par la société Je Formule : entrée artificielle dans une journée qui débute par le lever du soleil (plongée dans une lumière semblable à celle de l’aube, incertaine, ambrée) dans un cadre aux murs recouverts d’une couleur vert-bleue tout au long de l’exposition. Un vert qui oscille entre l’évocation d’un cadre d’extérieur, forestier et naturel, mais qui peut également faire penser à la couleur particulière de l’intérieur des VAB (Véhicule de l’avant blindé) utilisés par les militaires.

Confrontés aux objets, équipements, armes mais aussi aux jeux de société, amulettes, photos de famille et cartons de ration alimentaire, c’est au cours de cette exposition que le visiteur reprend conscience de l’humanité – trop souvent oubliée – d’un soldat à travers la monstration de ces pratiques quotidiennes qui lui permettent de tenir et de survivre. Un soldat dort, se lave, mange tout autant que nous mais les besoins qu’il doit de satisfaire sont soumis à des conditions exceptionnelles de climat, d’environnement ou de matériels avec lesquels il doit s’adapter. Des habitudes parfois semblables aux nôtres, celles de personnes “civiles” dans lesquelles le public peut se retrouver pour ainsi créer un lien entre sa vie et celle d’un soldat, ou encore des pratiques insolites, inédites, intimement liées à ce statut particulier de soldat et les risques intrinsèques à celui-ci.

L’exposition permet d’appréhender historiquement l’évolution des équipements, les armes destinées à la guerre et les manières de combattre de la Rome antique à nos jours. Cependant, loin de se cantonner à un discours simplement chronologique, le parcours permet de comprendre ce qui est en jeu, le propos de l’exposition : la condition de soldat, à travers les siècles et au-delà des changements d’époques et leurs avancées techniques, reste la même par l’humanité qui les caractérise. Tous se sont confrontés aux mêmes besoins naturels, nécessaires, mais aussi à l’angoisse et à ce risque élevé de mourir à tout instant. Le corps, le moral, la manière de s’adapter à son environnement pour subvenir à ses besoins sont des habitudes et nécessités universelles à tout soldat de toutes époques.

Loin d’être une exposition revendiquant l’art et la nécessité vaillante de la guerre, l’exposition temporaire du Musée de l’Armée permet de mieux connaître et comprendre le métier de soldat caractérisé par l’attente et la préparation bien plus que par l’affrontement. L’exposition et sa scénographie réussissent le pari du ludique et du pédagogique : le visiteur se sent investi autant qu’intéressé car en plus d’être plongé dans un parcours au sein duquel il se retrouve soldat, les objets familiers et pratiques journalières du soldat peuvent aussi être les siennes. C’est un autre aspect de la guerre et de ses armées qui nous est exposé ici, un aspect moins visible dans les médias et récits d’histoire et pourtant bien réel pour ceux qui le vivent : la vie d’un soldat ne se résume pas au combat. On comprend alors que ses besoins humains de se nourrir comme de se divertir sont les mêmes que les nôtres hormis le fait que le soldat, lui, est contraint de savoir adapter ces deniers à un cadre de vie mobile, parfois anxiogène et imprévisible.

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Légionnaires français mangeant leur ration dans leur VAB © Paris – Musée de l’armée, Distr. RMN – Grand Palais / Edouard Elias

Une salle de l’exposition vous permet en plus d’essayer un équipement de l’habit militaire (casque, sac bandoulière, ceinture porte-arme, gilet pare-balles) pour vous mettre physiquement dans la peau d’un soldat en revêtant ses équipements selon les différences époques. Finalement, et à l’image de cette salle, l’expérience de l’exposition est immersive, ludique et intéressante, réussie grâce à une scénographie efficace qui permet une plus forte impression de réalité de ces 24 heures de la vie d’un soldat. Les effets de lumières, de couleurs et la confrontation des visiteurs aux objets exposés permettent une familiarité et un lien physique avec ces derniers grâce à une reconstitution de certains espaces (toilettes, intérieur d’un bivouac) dans lesquels évoluent le soldat.

Le thème du soldat, de sa vie, de ses conditions physiques et psychiques pendant une guerre ou une autre est un thème assez exploité dans le cinéma ou la littérature. Mais ces deux médiums, même s’ils se réclament d’une histoire « vraie », « factuelle » ou (auto)biographique semblent toujours vêtus du voile de la fiction, faisant appel à notre imaginaire immédiat et subjectif. Or, le médium de l’exposition investit le visiteur d’une autre manière : certes la présence visuelle des objets est principale mais se joue dans une exposition un rapport très physique à ces derniers, surtout quand ils sont recontextualisés dans un espace pensé et cohérent. Le fait que ces armements et objets personnels des soldats soient des authentiques rend une nouvelle fois les choses très réelles, presque palpables et offre au public une nouvelle vision sur l’histoire de ces guerres et de ceux qui en ont été les premiers concernés : les soldats. C’est en ce sens que le médium de l’exposition permet une compréhension et un investissement du visiteur autre : le physique est stimulé avec l’intellect car le visiteur se confronte aux objets et à la manière dont ils lui sont exposés. L’impression de confrontation avec des objets que des soldats, de tous siècles ont portés et usés est très forte car ils semblent très réels et la compréhension des conditions de vie de ces soldats paraît alors plus efficace.

Bande annonce de l’exposition :

Autour de l’exposition…

De nombreux concerts (places à 10 ou 15€), conférences et projections gratuites de films. Une belle programmation à retrouver ici. Quelques perles rares ou à ne pas rater sur grand écran :

  • Du Guesclin, de Bernard de Latour (1949) : Toute la vie de Bertrand Du Guesclin, de son enfance turbulente, à sa mort dans la bataille, à travers les combats contre les Anglais et les Navarrais qui lui donnèrent droit au titre glorieux de connétable de France. Rares sont les films sur le XIVe siècle, alors nous y serons ! Mardi 21 novembre à 19h30.
  • Le Désert des tartares, Valério Zurlini (1976) : An 1900 aux confins d’un empire de l’Europe Centrale. Le jeune lieutenant Drogo vient de sortir de l’école militaire et se voit affecter à la forteresse de Bastiano, poste avancé de l’Empire aux bords d’une immense étendue aride : le désert des Tartares. Un casting all star pour un des plus grands films du cinéma européen. Mercredi 22 novembre à 20h.

Quelques conseils de l’ARTillerie pour se replonger dans l’absurdité de la guerre et les moments de camaraderie qu’elle procure envers et contre tout :

La Chambre des Officiers de Marc Dugain, 1998

L’histoire d’un soldat « gueule-cassée » pendant la Première Guerre Mondiale qui ne connaîtra ni les rats des tranchées, ni la boue, ni le front mais rencontrera d’autres soldats dans le même état critique que lui. Une nouvelle image de la condition des soldats de la Première Guerre Mondiale.
Adapté au cinéma par François Dupeyron en 2001.

Le soldat oublié de Guy Sajer, 1971

A peine 17 ans et déjà envoyé sur le Front de l’Est en 1942, Guy Sajer nous raconte son expérience de deux ans en tant que soldat de la Wehrmacht. Combattre avec un thermomètre qui affiche – 40°C contre l’armée russe mieux équipée, mais aussi lutter désespéramment contre les partisans du régime adversaire. Le récit de Guy Sajer nous plonge dans la vie d’un soldat à travers la camaraderie entre soldats, les éprouvantes conditions de vie et l’ingénierie de l’armée allemande qui se désagrège petit à petit…

Les photographies de Robert Capa retraçant de nombreux moments de la Seconde Guerre mondiale…

 

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