« Not Afraid of Love », ni de l’art contemporain…

L’artiste italien Maurizio Cattelan, frondeur de l’art contemporain, s’est immiscé dans tous les recoins des salons de la Monnaie de Paris, et de manière beaucoup moins explicite et polémique qu’il n’y paraît. La nouvelle exposition d’art contemporain de l’institution régalienne prend le relai de Bertrand Lavier et Jannis Kounnelis et propose une carte blanche encore très personnelle, jouant une fois de plus sur le paradoxe, l’humour et l’ironie, avec un soupçon d’angoisse et d’humilité. C’est comme si l’exposition du controversé Cattelan que l’on s’attendait à voir était finalement un dialogue intime entre les œuvres choisies, les visiteurs et l’artiste: troublantes sensations causées par les attitudes trompeuses et les confessions du personnage de Maurizio Cattelan.

Le prologue de l’exposition correspond pourtant parfaitement aux attentes d’étrangeté et de mal-être. Il y a notamment ce bel étalon Novecento, difforme et pendu au plafond de l’Escalier d’honneur et menant à la première salle d’exposition, face à la Donna, arbitrairement et si méticuleusement attachée, sculpture christique féminine ou œuvre non encore déballée de sa caisse de transport… Puis, l’une des pièces maîtresses de l’œuvre de Cattalan apparaît, La Nona Ora, statue de cire de Jean-Paul II, effondré sous le poids d’une météorite… Tentative d’assassinat contre la haute autorité a-t-on entendu crier ! Mais face au visage serein et recueilli du vieil homme, l’humilité et la vulnérabilité le transcendent, lui qui porte le malheur des êtres dont il est responsable.

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Premier plan : La Nona Ora, 1999. Arrière-plan : Sans titre (La Donna), 2007 / Novecento, 1997. (Photo : Zenno Zotti, vue de l’exposition)

Maurizio Cattelan nous confie alors son rapport ambigu face au pouvoir. En relevant la tête, le reflet de la Donna et des pattes anormalement allongées de Novecento semble prendre une toute autre signification. Et si la stature imposante du cheval, signe de force et de royauté dans l’histoire de l’art changeait de forme ?  Sous le regard du vingtième siècle et de ses guerres, il est à la fois une image suppliciée de l’outil contre-nature de la logistique guerrière et le symbole volontairement distendu et torturé des puissances fascistes européennes. L’art selon Maurizio Cattelan semble être un dialogue entretenu avec l’Histoire et la société contemporaine. La Donna, quant à elle, assimile ainsi les représentations humaines occidentales. Femme et homme, cette figure inquiétante plaquée sur le ventre à la coiffure bien serrée mais à la jupe accidentellement retroussée semble prisonnière du regard prédateur des spectateurs. Elle est aussi crucifiée  sur l’autel de l’art contemporain, comme les œuvres de Cattelan, et Cattelan lui-même.

Pour sortir de cette position, et depuis les plinthes et les recoins des salons qui poursuivent l’exposition, Maurizio Cattelan et ses figures de cire ultra-réelles – miniatures de lui-même – s’extirpent de la narration pour mieux nous observer et nous raconter. Maurizio nous conte son enfance, son rapport à l’école et au savoir, le savoir contre les connaissances. C’est ainsi qu’on voit un enfant face à une bibliothèque vide, ou que l’on remarque Cattelan passant la tête par le plancher, grâce à une pile de livres sur le bureau de l’étage inférieur : une accumulation de connaissances et de travail pour pouvoir apprécier sa propre exposition, une pièce ironiquement vide.

Les pensées de l’artiste sont données en confession, son rapport à la famille et à l’art contemporain qui l’a sorti du travail laborieux, son attache à la vie et son attirance vers la mort… Tout ceci sous-entendu, comme s’il ne pouvait pas le dire à haute voix au sein de cette exposition d’art contemporain dont il est le sujet. Tout est cependant calculé au millimètre près par l’artiste et son équipe. Les miroirs des salons de l’institution tiennent toujours un rôle central dans les expositions de la Monnaie, mais on pourrait croire que Cattelan les a installés lui-même tant ils relient parfaitement chaque salle. La proposition artistique paraît si pudique et est pourtant si parfaitement agencée. Tout cela pour mener vers l’indicible, Him, celui dont on ne prononce pas le nom, vision d’horreur historique : Hitler à taille d’enfant, en prière, sage. A chacun de faire procession jusqu’à lui… Tout se bouscule alors et tout vacille. Tant mieux, il faut faire l’exposition à rebours pour sortir, et tout revoir avec un nouvel œil. Même pas peur de l’art contemporain !

Bons plans et conseils des ARTilleuses :
  • Surtout n’oubliez pas les médiateurs, présents tous les jours, qui vous mèneront au cœur des ambiguïtés et paradoxes de l’exposition.
  • Tous les jours de 11h à 19h, et le jeudi jusqu’à 22h. Le jeudi est d’ailleurs toujours aussi gratuit pour les étudiants, à partir de 18h !
La Monnaie de Paris, 11, Quai de Conti – 75006 PARIS
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Entrée de la Monnaie de Paris (Photo personnelle)

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