« Merci Raymond », l’art contemporain déformé

le

A la mort de Raymond Hains le 28 octobre 2005, une manifestation spontanée a marqué les esprits : le « Merci Raymond » tagué sur un mur de tôle par Bertrand Lavier lors d’une rencontre artistique qui se déroulait alors à Saint-Sulpice. « Merci Raymond », c’est aussi le titre de l’exposition que la Monnaie de Paris consacre à Bertrand Lavier. Ni monographie, ni hommage larmoyant, l’exposition célèbre l’art contemporain à travers le souvenir de la vision du photographe néoréaliste… C’est-à-dire, avec un humour sans borne. Au fil des salles, nous nous laissons emporter dans l’univers de ces deux artistes et dans leurs références multiples qui s’entremêlent et se superposent. Lavier détourne les formes réalisées par Hains, utilise des jeux de mots et joue sur les références de l’histoire de l’art comme des petits clins d’œil amusants.

Une des premières salles s’amuse des Stellas. De Stella surtout, artiste minimaliste connu pour ses formes géométriques, ses tableaux composés de bandes peintes qui donnent la fausse impression de trois dimensions. Raymond Hains, avec Stella déformée (1989), blague avec la renommée de la bière Stella Artois grâce à laquelle il illustre un ouvrage théorique sur le célèbre minimaliste. Il n’hésite donc pas à superposer le verre de bière aux lignes écrites. Sous le verre transparent, les lignes se déforment, tout comme la figure de l’artiste. Bertrand Lavier va encore plus loin puisqu’il choisit de créer son propre « Stella déformé », une installation en néon, en forme de « Z », nommée IFFAFA 3 (2010), retrouvant ainsi la peinture en tube ! Les deux amis auraient-ils le même humour ? Parallèlement, Lavier a créé pour l’exposition son œuvre Z (2016), lettre peinte qui semble gravée sur le miroir du XVIIIe siècle. Jeu avec la forme, jeu avec les références, complicité avec Raymond Hains, humour pétillant, tout est là dans une seule salle qui nous invite à continuer, à aller encore plus loin dans ce labyrinthe intellectuel et jouissif.

Nous pourrions continuer, et tout vous raconter… Le miroir peint, « la touche Van Gogh », reviennent à plusieurs reprises. Bertrand Lavier s’amuse et s’expose en grand maître en citant Giotto pour qui savoir dessiner un cercle parfait signifiait être un grand peintre. Et on le prend au mot. Que des cercles, partout des cercles. Olivier Mosset avec son cercle noir sur fond blanc est-il un aussi grand artiste que l’âne de Boronali à qui Bertrand Lavier a fait dessiner un joli cercle ? Tout cela pour vous faire comprendre que c’est Raymond Hains le plus grand de tous les peintres et parce qu’il est la cause de ce grand voyage à travers l’art contemporain, il mérite bien sa place à la Monnaie de Paris !

Du 27 mai au 17 juillet à la Monnaie de Paris.

Conseils des ARTilleuses:

  • Les médiateurs à la Monnaie de Paris sont toujours présents et bien rodés aux multiples calembours des deux amis Bertrand et Raymond, interpellez-les !
  • Le jeudi c’est nocturne jusqu’à 22h, et gratuit pour les étudiants à partir de 19h !
  • Allez aux Vedettes du Pont Neuf, au Square du Vert Galant, aux pieds de la Monnaie, une affiche par un artiste différent y est exposée tous les jours.
Bertand Lavier Proposition pour le troisième degré de perception, bateaux-mouches 1971
Bertand Lavier, Proposition pour le troisième degré de perception, bateaux-mouches, 1971.
Publicités

Un commentaire Ajoutez le vôtre

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s